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Psychologie adlérienne : comprendre l’individu à travers ses buts, ses liens et son sentiment d’appartenance

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Qu’est-ce que la psychologie adlérienne ? Découvrez les concepts d’Alfred Adler : sentiment d’infériorité, appartenance, buts, style de vie et intérêt social.

La psychologie adlérienne, une approche étonnamment contemporaine

Alfred Adler est l’un des grands noms de l’histoire de la psychologie, même s’il est aujourd’hui moins connu du grand public que Freud ou Jung. Médecin et psychothérapeute autrichien, il fonde au début du XXᵉ siècle ce qu’il appelle la psychologie individuelle.

Le terme peut prêter à confusion : Adler ne cherche justement pas à isoler l’individu de son environnement. Sa conception est au contraire profondément sociale. Pour comprendre une personne, il faut selon lui tenir compte de la manière dont elle se perçoit, des buts qu’elle poursuit, de ses relations et de la place qu’elle pense occuper parmi les autres. L’American Psychological Association définit ainsi la psychologie individuelle d’Adler comme une théorie dans laquelle l’être humain cherche notamment à se développer, à dépasser ses sentiments d’infériorité et à trouver une forme d’appartenance.

Le sentiment d’infériorité : pas nécessairement un problème

L’une des notions les plus connues d’Adler est celle de sentiment d’infériorité.

Dans le langage courant, on pense souvent au « complexe d’infériorité » comme à un manque pathologique de confiance en soi. La pensée d’Adler est plus subtile.

L’expérience de l’insuffisance fait, selon lui, partie du développement humain. L’enfant est petit, dépendant et confronté à des capacités qu’il ne possède pas encore. Cette expérience peut devenir un moteur : apprendre, progresser, chercher à maîtriser quelque chose, développer de nouvelles compétences.

La difficulté apparaît lorsque la manière de compenser ce sentiment devient rigide ou coûteuse : devoir constamment prouver sa valeur, rechercher une supériorité sur les autres, éviter les situations dans lesquelles on pourrait échouer ou, au contraire, renoncer avant même d’avoir essayé.

Adler ne réduit donc pas le comportement visible à un défaut de personnalité. Il s’intéresse à ce que ce comportement cherche à accomplir.

« À quoi sert » un comportement ?

C’est probablement l’une des idées d’Adler que je trouve les plus intéressantes pour penser la psychologie : un comportement peut être étudié non seulement à partir de ses causes passées, mais aussi à partir de sa fonction et du but vers lequel il semble tendre.

Une personne qui évite systématiquement les situations dans lesquelles elle risque d’être évaluée peut, par exemple, se protéger momentanément du sentiment d’échec. Quelqu’un qui cherche continuellement à être rassuré peut tenter de sécuriser une relation ou une image de soi devenue fragile.

Cela ne signifie évidemment pas que ces comportements seraient conscients ou volontairement calculés. Il s’agit plutôt de se demander : qu’est-ce que cette manière de fonctionner permet, évite ou protège ?

La psychologie adlérienne est ainsi décrite comme une approche holistique, phénoménologique et orientée vers les buts : elle cherche à comprendre la personne dans son ensemble et selon sa propre perception du monde.

Le « style de vie »

Adler utilise l’expression style de vie dans un sens très différent de son utilisation actuelle.

Il désigne par là la manière relativement cohérente dont une personne a appris à se représenter :

  • elle-même ;
  • les autres ;
  • le monde ;
  • ce qu’elle doit faire pour y trouver sa place.

Ces convictions peuvent se construire très tôt et devenir si familières qu’elles finissent par sembler évidentes.

Par exemple : « je dois être irréprochable pour être apprécié », « je ne peux compter que sur moi-même », « si quelqu’un est déçu par moi, la relation est menacée ».

Le travail psychologique peut alors consister à rendre ces règles implicites plus visibles et à examiner si elles sont encore adaptées à la vie actuelle.

L’être humain est fondamentalement social

Un autre concept central est celui de Gemeinschaftsgefühl, traduit par « sentiment communautaire », « sentiment social » ou « intérêt social ».

Pour Adler, la santé psychologique ne se résume pas à parvenir à ses propres objectifs. Elle implique également la capacité à appartenir, coopérer, entrer en relation et contribuer à quelque chose qui dépasse sa seule personne. L’Université Adler présente cette idée comme l’un des concepts les plus durables de son œuvre : le bien-être individuel est indissociable, dans cette perspective, du lien social et du sentiment d’appartenance.

Cette dimension permet de comprendre pourquoi Adler s’est également beaucoup intéressé à l’éducation, à la famille, aux groupes et aux conditions sociales de la santé psychologique.

Une psychologie qui laisse une place au changement

La vision adlérienne n’est pas déterministe.

Notre histoire compte, mais elle ne condamne pas nécessairement à répéter indéfiniment les mêmes fonctionnements. La manière dont nous avons interprété nos expériences joue également un rôle, et certaines conclusions anciennes peuvent être revisitées.

C’est l’une des raisons pour lesquelles plusieurs auteurs considèrent que certaines intuitions d’Adler annoncent des dimensions que l’on retrouve plus tard dans les approches cognitives, humanistes, systémiques ou existentielles. L’APA souligne d’ailleurs l’influence de sa pensée sur plusieurs courants contemporains de psychothérapie.

La psychologie adlérienne offre ainsi une question particulièrement féconde : plutôt que de demander uniquement « Pourquoi suis-je comme cela ? », elle invite aussi à explorer « Comment ai-je appris à fonctionner ainsi, que cherche ce fonctionnement à accomplir, et est-ce encore la manière dont je souhaite vivre aujourd’hui ? »

Références principales : Alfred Adler, Understanding Human Nature ; H. L. Ansbacher & R. R. Ansbacher, The Individual Psychology of Alfred Adler ; Carlson & Englar-Carlson, Adlerian Psychotherapy, APA, 2017.

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